01 02 Raconte moi une histoire ...

07/10/2014

Reprise ...

Une nouvelle couleur  de fond,  un  pseudo  différent ... 

J 'ai envie  de   reprendre  cette  série  de récits  courts et je  vous donne rendez-vous très  prochainement .

22:18 Écrit par May dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/07/2007

 Partir

 

Maryline ne sais pas depuis combien de temps elle frappe contre la porte qui sépare le débarras de la cuisine. Elle se laisse doucement glisser sur la manne de linge sale, ramène ses pieds glacés contre ses fesses maigres.Ses mains sont meurtries, De l'autre côté de la porte, la radio continue son programme de musique et de jeux. Machinalement, Maryline agrippe d' une main le bouton de la porte et tire un fois de plus. Et la porte s'ouvre...

Le verrou, sans doute mal tiré, a cédé aux coups répétés. Mais Maryline ne se pose pas de question. La porte  est ouverte, cela seul compte. Elle ne prend aucune décision consciente, elle obéit à son instinct de survie. Elle sait que tout est verrouillé. La maison est la dernière de la rue Belle Vue. Du jardin , elle peut rejoindre le petit bois du parcours santé, installé pour que les habitants de la cité profitent de l'espace vert. Elle y allait souvent avec le grand-père et les enfants, quand ils vivaient avec elle. Chantal a laissé sur le dossier d'une chaise le gilet avachi qui lui sert de peignoir. Elle l'enfile pour cacher sa nudité ; il lui tombe jusqu'au genou. Elle ramasse les grandes pantoufles de velours brun de Marc - des pantoufles d'hommes tranquille ! Reste à pousser une chaise contre la porte-fenêtre, arracher le carton qui remplace une demi vitre . Marylyne ne sent même pas qu'elle s'ouvre la cuisse en se laissant glisser à l'extérieur. Son cerveau fonctionne sur le mode automatique : partir, partir , partir .....

Il pleut des cordes, pas de risque de rencontrer quelqu'un au bois.

Le sentier est boueux,  les pantoufles trop grandes rendent chaque pas  difficile,elle glisse, se relève, continue, serre les bras sur le gilet trop large , elle doit comprimer sa poitrine que le manque de souffle rend douloureuse.

Maryline marche. Chaque pas l'éloigne de ses bourreaux. Fini de les servir et de manger les restes, par terre comme un chien, fini d'avaler de force cet alcool qui la transforme en esclave. Fini !Elle ne sent ni la pluie qui lui colle les cheveux au visage , ni le sang qui coule le long de sa jambe. A la sortie du bois, il restera cinq cents mètres à faire pour arriver à la maison où son dernier enfant est mis en attente d'acceuil. Elle doit arriver jusque là . Elle voit la maison ....

Elle sonne, la porte s'ouvre, Maryline est sauvée, elle peut s'écrouler.







































 

18:00 Écrit par May | Lien permanent | Commentaires (47) |  Facebook |

18/06/2007

Ne pars pas!

 

Ne pars pas ! Pas aujourd'hui. Ni demain non plus.

Laisse ta main dans la mienne. Souviens-toi de ce que tu disais hier encore « nous deux, c'est parti pour des années ». Des années sans arriver à épuiser ce stock d'amour qu'il y a en nous. Des années pour découvrir à l'infini toutes les facettes de notre tendresse.


Laisse ta main dans la mienne. Souviens- toi des enfants que nous devions faire ensemble. Nous avons passé tellement de temps à choisir leurs prénoms, à les aimer avant même de les décider.


Laisse ta main dans la mienne. Nous avons encore tant de nuits blanches à passer. Vas-tu nous laisser séparer par le premier chauffard venu ? Que nous importe que les remords lui ronge le reste de sa vie d'ivrogne?


Laisse ta main dans la mienne.

Ne pars pas ! Pas aujourd'hui ! Ni demain non plus : je t'aime, je t'aime !


Allons, mademoiselle ,soyez courageuse . Tout est fini !

22:34 Écrit par May | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook |

08/06/2007

Hier, au bord de la route.

 

Jeudi 7 juin, 16h, 26° .... au bord de la route, elle marche. A son épaule droite, un gros sac en bandouillère, dans le bras gauche un bébé.

Elle marche. D'un pas fatigué, sous le soleil.

Un coup d'oeil au rétroviseur: c'est à peine plus qu'une gamine.

Dans ma tête, le souvenir de la mère de seize que j'ai été ....

Je roule machinalement; je sais déjà qu'au premier rond-point, je ferai demi-tour.

Je reviens dans sa direction. Je me dis qu'elle entrée dans l'une des maisons. Que tout est dans l'ordre...

Elle s'est assise dans un abri – bus. Le regard dans le vide, elle pleure silencieusement. A côté d'elle, l'enfant endormi est couché sur les vêtements qui sont pliés dans le sac ouvert.

Je sors de la voiture, je m'approche d'elle «  Tout va bien? » Elle me fait signe que non. Faut-il la déposer quelque part ? «  Je voudrais rentrer chez moi » Ou est-ce chez elle ? Elle me donne le nom d'une ville, à 30 km d'où on est.

On m'attend. Déjà, je suis en retard.

Elle ne demande rien.

«  Monte, je vais te conduire »

Elle me regarde, prend l'enfant toujours endormi, ramasse le sac.

Elle me regarde, s'installe sans un mot dans la voiture.

Elle pleure toujours en silence. L'enfant s'éveille et me regarde, étonnée.

De temps en temps, elle embrasse sa petite Léa qui a six mois.

Les kilomètres s'étirent dans le silence. Petit à petit, elle s'arrête de pleurer.

Je n'ose lui demander son âge; au fond de moi, je sais ce qu'elle va me répondre.

Mon gsm sonne. «  Tout va bien ? » « Tout va bien. Juste un petit imprévu: je raccompagne une jeune fille  ».

Elle me regarde. On arrive en ville; elle m'indique le chemin. J'arrête la voiture devant un pauvre immeuble au fenêtres sales. Elle sort des clés de son sac.

Le bébé sourit.

« Merci, merci beaucoup madame » Elle ne dira rien d'autre.

Dans ma tête, le souvenir de la mère de seize ans que j'ai été...


Je démarre. Quelqu'un qui m'aime m'attend.



22:15 Écrit par May | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook |

03/06/2007

  Faut-il y croire encore ?

 

L'amour, Annick, elle n'y croit plus vraiment.

D'abord, il y a eu cette douloureuse histoire qu'elle a du assumer, il y a quelques années. Comme elle a souffert! Comme elle a du lutter contre elle-même pour ne pas retomber dans cet enfer! Quand il lui arrive d'y penser, elle s'en étonne encore.

Le chemin pour retrouver la sérénité a été long mais elle y est finalement arrivée.

Et puis, toutes ces années à entendre ses collègues décortiquer leur quotidien et s'en plaindre, ont fini par persuader Annick que, finalement, c'était elle la mieux lotie.

Elle garde tout de même une petite faiblesse : elle continue à prendre ses congés à la fin de l'année. Pour partir passer le temps des fêtes là ou elle n'a aucun souvenir!

Pourtant, si elle ne croit plus vraiment à l'amour, Annick n'est ni malheureuse, ni aigrie. Alors, pourquoi, sans raison aucune, un regret vient-il parfois lui pincer le coeur? Comme par exemple quand Antoine, le nouveau voisin, s'est installé dans le quartier.

Sans raison aucune, parce-que Antoine n'a rien d'extraordinaire. Sauf son sourire. Un sourire qui reste fiché derrière les yeux d'Annick et qui lui revient dès qu'elle laisse vagabonder son esprit.

Heureusement, le printemps est arrivé et avec lui le temps du jardinage.

Tout le temps qu'elle aurait pu donner à un compagnon, elle l'utilise pour son jardin qui devient, d'été en été, une vétitable petite merveille.

Elle y est justement quand les voisins de droite l'appelle par -dessus la haie « Annick, Annick... on peut te rejoindre un moment ? » Et sans attendre une réponse qu 'ils savent affirmative, les voilà qui sautent la petite barrière du jardin.

Et avec eux,Antoine ... et son sourire. Il tient un carton d'un air un peu embarrassé.

... Il a sonné plusieurs fois mais sans doute n'a-t-elle pas entendu . Alors, il est passé chez Valérie et Tom , et ils ont décidé d'appeler par-dessus la haie ... Il serait tellement content si elle était d'accord de se joindre à la petite « fête des voisins » du 29 ... On mettra en commun ce que chacun apportera et on soupera ensemble...

Ils se sont installés sur la petite terrasse, elle a sorti une bouteille de rosé. Pendant une heure, ils ont parlé et ri de tout et de rien .

C'est une bonne idée cette petite soirée ! Comme elle ne rentre pas avant 18h, Annick viendra avec un dessert glacé qu'elle aura préparé la veille.

Ils sont repartis et Antoine a laissé l'invitation sur la table.

Annick range les verres et voit l'enveloppe . Elle l'ouvre ; sur la carte, une seule phrase «  Annick, resterons- nous seulement voisins ? »

L'amour, dans le fond, Annick y croit peut-être encore....


19:55 Écrit par May | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

26/05/2007

Un grand soir pour Jenny!

 

Ni grande, ni élancée, des cheveux fins éternellement au carré (la seule coupe que son Eddy sait lui faire), les formes plus généreuses encore que le coeur, Jenny est un pilier du quartier des Comognes. Un solide bon sens et de d'honnête à revendre.

Rien d'une poupée de magazine, mais une bonne fille, c'est sûr!

Sa maison est un véritable carrefour : tout le monde y passe, tout le monde s'y arrête. Celui qui cherche un jardin à bêcher, la voisine qui manque de sucre, le cousin qui a besoin du vélo, l'animatrice de la Maison de quartier ... La porte est toujours ouverte, elle en a perdu la clé depuis longtemps.

D'accord, Jenny a son franc-parler. Mais on s'y habitue. Et puis, c'est pratique quelqu'un qui dit tout haut ce que les autres pensent tout bas.

Le jardin collectif, par exemple. L'animatrice socio-culturelle , au départ, avait proposé un cours de cuisine «  légumes de saison » ; Jenny lui avait rappelé que d'abord, il faudrait peut-être les faire pousser, les légumes, parce-que avec l 'argent du cpas ou du chômage, c'est pas souvent qu'on achetait des légumes frais. Surtout qu'il fallait prendre le bus pour aller au marché ou dans les commerces du centre !

Et l'idée de trouver un morceau de terrain qui serait cultivé en commun avait germé...

De même pour la halte-accueil. Faire les courses, pour les femmes des Comognes qui n'ont pas de voiture, c'est compliqué . Et si on organisait une tournante ? Celles qui restent au quartier garderaient les enfants qui ne fréquentaient pas encore l'école... Jenny, une véritable aubaine pour l'animatrice !

Sauf pour l'idée du théâtre; là, elle n'avait pas osé. C'est un trop grand rêve pour elle.

Faire du théâtre : entrer dans la peau d'une autre, dire ses mots, vivre ses sentiments... Elle ne s'était même pas proposée pour faire partie de la petite troupe. Sûrement, il fallait des qualités qu'elle ne possédait pas.

Heureusement, l'animatrice avait insisté « Jenny, tu dois participer, on compte sur toi » D'ailleurs, rien dans le quartier ne se faisait sans elle. Elle s'est finalement laissée convaincre...

Et depuis près d'un an, chaque mercredi soir, le groupe se retrouve pour les répétitions avec le comédien qui les encadre. Petit à petit, l'intrigue s'est construite; chacun a peaufiné son personnage, mis au point les dialogues. Jenny a fini par retenir ses répliques ou plutôt, les répliques de Zoé, son personnage.

Ce soir, il ne restera que Pipo, le chien, à la maison.

Ce soir, c'est la représentation.

Dans les coulisses, Jenny tremble ... et si elle oublie son texte ?

Dans la salle, Eddy tremble ... et si elle oublie son texte ?

A salle s'obscurcit, la scène s'éclaire. Jenny laisse la place à Zoé qui entre en scène. Chaque minute sera du bonheur.

S'il a manqué quelques mots, personne ne s'en est apperçu. C'est un succès. Vraiment, un grand soir pour Jenny !




22:48 Écrit par May | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

me voilà!

 

Bonjour !

Après cette semaine de retard - pas vraiment choisie, je vous l'avoue- je reprends le clavier. Avec beaucoup de plaisir.

Plusieurs d'entre vous se demandaient si j'étais la maman d'Emeline : non.

D'autres souhaitaient savoir si j'inventais les histoires : pas vraiment. Je leur donne mes mots pour que vous puissiez les lire.

Chaque vie est un roman.

Les femmes que vous rencontrez dans les histoires, je les ai croisé à des moments difficiles pour elles et nous avons fait un bout de chemin ensemble. Elles m'ont appris beaucoup de choses. 

« Raconte-moi une histoire » , c'est ma façon de leur dire merci !

10:05 Écrit par May | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |