18/03/2007

Le coup du parapluie.

Chemisier bois de rose, gilet gris perle, le dos bien droit, les mains posées sur le fermoir du sac qu'elle à posé sur ses genoux, Yvonne est mal à l'aise.

Bien sûr, le bureau de police de T. n'a rien de commun avec ceux des séries télévisées, mais tout de même, c'est un commissariat !

Et puis, il y a Juliette,sa fille, qui est là. Et qui évite obstinément de regarder dans sa direction; ce qui ,chez elle, est un signe de grand mécontentement.

Les deux jeunes gens, enfoncés dans de gros blousons de teintes claires, torturent leurs bonnets et jettent vers Yvonne des regards ou alternent encore peur et stupeur.

L'agent, d'un air détaché, pianote sur son clavier et n'accorde de coup d'oeil qu' à ses notes. 

Sur le bureau qui les sépare, le parapluie! Tordu, fendu, on ne voit que lui.

Plus Yvonne le regarde, plus elle sent  son poignet douloureux.

L'imprimante s'enclenche, Juliette sursaute et soupire.

L'agent prend la feuille en main, regarde le parapluie, les garçons, et s'adresse à Yvonne d'un ton neutre" Madame, je vais vous relire votre déclaration".

Yvonne hoche la tête. Sur les dossiers, le parapluie s'étale jusqu'au clavier de l'ordinateur.

L'agent se concentre sur le papier qu'il tient d'une main . " Ce matin,vers 10h20, pour me rendre au marché hebdomadaire de A., j'ai emprunté le passage souterain qui rejoint le centre de la localité. Deux jeunes gens venaient

en sens inverse. Un peu avant de me croiser, un des garçons a fait un brusque écart vers moi. J'ai cru à une agression et je les ai frappé avec mon parapluie.

A l'arrivée de la police, et après explication de ce qui avait motivé l'écart intempestif, j'ai reconnu mon erreur de jugement. Je m'engage à dédommager M.O. en prenant en charge ses frais de soins et de médicaments."

Yvonne hoche toujours la tête, prend d'une main qui tremble un peu le stylo et signe le document.

L'agent se lève; Juliette se tourne vers les jeunes gens et dit " Je vous remercie de ne pas porter plainte".

Les jeunes gens se lèvent à leur tour et le blessé, avec la respiration courte que donne une côte cassée, conclut " Tout ça pour pour éviter une crotte de chien "!

17:08 Écrit par May dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |