02/04/2007

Un matin de Claire ....

 

La fenêtre entr'ouverte laisse entrer l'odeur de terre mouillée dans la chambre; elle se faufile entre les tentures qui ondulent doucement. Avant même d'ouvrir les yeux, Claire sut qu'il avait plu à la fin de la nuit. La-bas, tout au bout du village, au-delà des champs, la N4 ronronne de plaisir en emmenant les voitures vers les Ardennes pour le week-end ou quelques jours de vacances.

Claire, sous la couette, s'étire et déroule mentalement la journée. Le petit tour au jardin, les comptes du mois, le moment « café » qui amènera Sylvain ; après-midi, elle ira jusqu'au hameau de Maibelle pour aider Julie qui a tant de mal avec son néerlandais....

Sylvain ! Il était arrivé un matin par le jardin, attiré -avait-il dit en riant- par l'odeur du café. Et l'habitude s'était prise, de matin en matin.

Sylvain ! Elle l'appelait parfois « son guérisseur ». Dès son deuxième café, il lui avait fait une proposition «  Je fais des fromages avec le lait de mes brebis. J'ai besoin d'aide à certains moments. En échange, je vous aiderai pour votre potager ... » Claire sortait de sa chimio, elle se voyait comme une morte en sursis et cet ahuri lui proposait de se lancer dans les fromages et le potager ! Elle l'avait regardé droit dans les yeux, et lui avait répondu, d'un ton qu'elle pensait neutre « On vient de m'enlever un sein ». Pas même un blanc dans la conversation, juste le regard soutenu, et Sylvain avait enchaîné  « Pour les fromages, les mains, ça ira très bien » Et Claire avait ri. Ce jour-là, la maladie avait cédé la place à l'envie de guérir!  Et depuis, les légumes poussaient chaque été dans un coin du jardin.

Claire ouvre les yeux. Les vacances de Pâques commencent aujourd'hui; au bout du vieux chemin le château va s'animer. Toute la famille rentre au nid : des voitures vont passer, il faudra garder les poules dans l'enclos !

Claire se lève, tire les rideaux,s'attarde devant la fenêtre. Une légère brume adoucit les contours de la ferme du haut; au milieu de la pelouse, le magnolia prend des airs de gros bouquet.

D'un doigt léger, Claire touche la cicatrice qui lui tient lieu de sein gauche et pense, comme chaque matin « merci de m'avoir amené ici ». Une belle journée commence !



11:23 Écrit par May dans Amour | Lien permanent | Commentaires (29) |  Facebook |