22/03/2007

Vingt et un mars

                                                                     21 mars 1966


Un léger soupir s'échappe de ses lèvres; les paupières restent closes, la bouche juste entr'ouverte. Au pied du lit, les deux femmes, qui parlaient à voix basse, se taisent, la regarde....se regardent.

L'un d'elle – ma tante- se lève, va vers la porte, marque un temps d'arrêt, se retourne vers le lit. L'autre fait un signe de la tête. Ma tante ouvre la porte et appelle « Victor...c'est fini. »

Mon père entre, se cogne à la petite table encombrée, prends la main de l'alitée «  Bertha, tu m'entends? Dis, tu m'entends? »

Les femmes l'entourent « Allons, Victor, c'est fini. » Il se dégage et avec une force insoupçonnée, il abat deux fois son poing fermé sur la table, écrase les boites inutiles des médicaments auquels il a cru, malgré tout, malgré tous, et sort, titubant de souffrance.

Le silence.

Il est dix-sept heures : le coucou de l'horloge sort cinq fois en chantant. Les femmes sursautent. « Il faudra bloquer les aiguilles » dit ma tante.

Déjà, elles ouvrent les armoires, cherchent les draps, choisissent les vêtements....

C'est la religieuse préposée à la toilette mortuaire qui me voit, en se penchant sur ma mère, «  Emmenez donc Bernadette, ce n'est pas la place d'un enfant ! ».

De l'autre côté du lit, vissée la chaise basse, je tremble de tous mes membres.


                                                                        21 mars 2007


Aujourd'hui, Aurore est en congé; elle vient passer l'après-midi à la maison.

Je lui ai préparé son dessert préféré – crème vanille sur spéculoos- comme quand elle était petite !

La voilà qui entre, et avec elle, un tourbillon de paroles : ses semis d'herbes aromatiques qui encombrent le plan de travail de la cuisine, la grossesse d'une collègue,l'appareil photo qu 'elle compte acheter, sa dernière panne de voiture...

Elle se gave de crème, dit en riant « tout le monde regarde de l'autre côté » et lèche sans vergogne, le fond de son assiette à dessert.

L'horloge affiche dix-sept heures. Je me lève et je vais chercher le vieil album rouge. J'en sors une petite photo. Aurore se penche au dessus de mon épaule.

«  Cest fou comme je lui ressemble !  »

Un silence.

« Mais nous sommes le vingt et un;  à dix jours près, j'ai l âge qu'elle avait à sa mort . Trente-quatre ans. »

Une émotion.

Déjà,Aurore la transforme en sourire.

« Mamounette, aujourd'hui c'est un beau jour pour vous deux. Avec moi, c'est comme si tu la vengais du mauvais coup de la vie  »

Aurore me prends doucement la photo des mains et la glisse à sa place.

Elle a raison.  Aujourd'hui, c'est un beau jour. Au fond de moi, tout au au fond de moi, une petite fille s' arrête de trembler.

 

 

10:09 Écrit par May dans Général | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

18/03/2007

Le coup du parapluie.

Chemisier bois de rose, gilet gris perle, le dos bien droit, les mains posées sur le fermoir du sac qu'elle à posé sur ses genoux, Yvonne est mal à l'aise.

Bien sûr, le bureau de police de T. n'a rien de commun avec ceux des séries télévisées, mais tout de même, c'est un commissariat !

Et puis, il y a Juliette,sa fille, qui est là. Et qui évite obstinément de regarder dans sa direction; ce qui ,chez elle, est un signe de grand mécontentement.

Les deux jeunes gens, enfoncés dans de gros blousons de teintes claires, torturent leurs bonnets et jettent vers Yvonne des regards ou alternent encore peur et stupeur.

L'agent, d'un air détaché, pianote sur son clavier et n'accorde de coup d'oeil qu' à ses notes. 

Sur le bureau qui les sépare, le parapluie! Tordu, fendu, on ne voit que lui.

Plus Yvonne le regarde, plus elle sent  son poignet douloureux.

L'imprimante s'enclenche, Juliette sursaute et soupire.

L'agent prend la feuille en main, regarde le parapluie, les garçons, et s'adresse à Yvonne d'un ton neutre" Madame, je vais vous relire votre déclaration".

Yvonne hoche la tête. Sur les dossiers, le parapluie s'étale jusqu'au clavier de l'ordinateur.

L'agent se concentre sur le papier qu'il tient d'une main . " Ce matin,vers 10h20, pour me rendre au marché hebdomadaire de A., j'ai emprunté le passage souterain qui rejoint le centre de la localité. Deux jeunes gens venaient

en sens inverse. Un peu avant de me croiser, un des garçons a fait un brusque écart vers moi. J'ai cru à une agression et je les ai frappé avec mon parapluie.

A l'arrivée de la police, et après explication de ce qui avait motivé l'écart intempestif, j'ai reconnu mon erreur de jugement. Je m'engage à dédommager M.O. en prenant en charge ses frais de soins et de médicaments."

Yvonne hoche toujours la tête, prend d'une main qui tremble un peu le stylo et signe le document.

L'agent se lève; Juliette se tourne vers les jeunes gens et dit " Je vous remercie de ne pas porter plainte".

Les jeunes gens se lèvent à leur tour et le blessé, avec la respiration courte que donne une côte cassée, conclut " Tout ça pour pour éviter une crotte de chien "!

17:08 Écrit par May dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

13/03/2007

La voisine.

Dans le quartier des Mésanges, tout le monde connait Gilberte. C'est la Voisine! Celle à qui on confie les clefs, celle qui nourrit les chats, les canaris et arrose les plantes vertes . Celle qui garde le courrier et relève les volets le jour où on rentre de vacances.

Dès le début des congés, elle tend une ficelle devant la fenêtre de la cuisine. Pour fixer, avec un bout de papier collant, les cartes postales qui arrivent des pays de soleil.

Ses vacances à elle, c'est d'écouter les souvenirs des autres!

L'hiver, on voit peu Gilberte. Il faut dire qu'en semaine, le quartier se vide chaque matin . Et un week-end d'hiver, cela passe si vite.

 Le 8 mars dernier, Gilberte a jeté un grand trouble dans le quartier des Mésanges ! Il y avait dans chaque boite aux lettres une carte postale :

" Un bonjour d'Ostende" signé "Gilberte".

Toute la soirée les sms et les mails se croisés. Personne n'était au courant. Personne n'avait les clefs.Après toutes ces années passées si près d'elle, il fallu l'avouer, personne ne savait rien d'elle.Dès le lendemain soir, le quartier a guetté son retour.

Le 11, dans l'après-midi, un taxi s'est arrêté devant le 37 de la rue des Champs.

Elle est à peine rentrée que l'on frappe à la porte.

Les voisins sont là. Avec de la tarte et du café.

Et Gilberte -enfin- raconte elle aussi des souvenirs de vacances.

23:58 Écrit par May dans Général | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Ici un rêve se réalise, un défi se relève...

Déjà les mots, égrénés par le clavier, s'organisent pour vous interpeller.

Répondrez-vous à leur appel ? Serez-vous présent(e)s ,dans quelques jours, pour le premier rendez-vous? 

14:21 Écrit par May dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |