28/04/2007

La liste des courses ...


Si vous avez l'occasion de passer chez Cindy,vous aurez sûrement l'attention attirée par l'encadrement accroché, bien en évidence, dans l' entrée de son studio.

Ce n'est ni une photo, ni une aquarelle...c'est une liste de courses. Une liste écrite d'une main, encore un peu malhabile, sur une feuille lignée arrachée d'un cahier.

Cindy vous dira en souriant qu'elle y tient comme à la prunelle de ses yeux ; qu'elle veut que se soit la première chose qu'on remarque en entrant chez elle. Que c'est toute sa vie qui s'écrit autour de cette liste ....

...Jeudi, 6 janvier 2000. Cindy ne se souvient plus du temps qu'il faisait ce jour-là; elle se souvient seulement qu'elle fait les cents pas sur une portion du trottoir. Elle va d'une vitrine à l'autre; elle n'ose s'arrêter devant la maison coincée entre une solderie permanente et un magasin de chaussures. Sandrine, derrière son bureau, fini par remarquer le manège de la jeune femme. Elle se lève, ouvre la porte : Cindy est juste devant.

Sandrine sourit : elle ne peut plus reculer « On m'a dit de venir ici ». « Bonne idée » dit Sandrine « entrez-vite, il fait meilleur à l'intérieur ».

C'est dans le couloir que Cindy va jeter son tourment «  je ne sais pas écrire, je ne sais lire », et elle parle, Cindy, elle va parler plus d'une heure au long . Son enfance rythmée par les déménagements de ses parents - chaque fois que les propriétaires perdaient patience- le placement chez la grand-mère qui préférait la garder chez elle plutôt que de l'envoyer à l'école «  on est si bien toutes les deux »...Le travail à mi-temps chez le grossiste en fruits et légumes à deux rues d'ici : charger et décharger les cageots les jours de marché. Ses trucs pour faire les courses «  Avec tous ces flacons qui se ressemblent, shampoing, après-shampoing, gel douche... »

Et son rêve de travailler dans un bureau !

Sandrine écoute. Attentivement. Comme si elle ne connaissait pas ce genre d'histoire par coeur.

Cindy boit le café que Sandrine a posé devant elle . « Vous voulez que je vous présente Anita ? elle est justement dans la maison avec un groupe d'apprenantes ».

Tout a été très vite à partir de ce moment-là. C'est qu'il y en avait du temps à rattraper. Cindy épluche toutes les publicités : elle souligne les mots qu'elle reconnaît. De plus en plus nombreux.

Et un soir, elle écrit seule, chez elle, sa première liste de courses.

Tout s'accélère encore avec les encouragements d'Anita.

Au travail, elle propose d'écrire le « tabeau des réclames ». Un matin, le patron lui demande de passer au bureau après le marché. Comme ce matin-là est long ! Que va-t-il lui dire ?

La peur au ventre, Cindy frappe à la porte du bureau.  « Ah ! Cindy ! Est-ce que tu serais intéressée par un mi-temps au service « commandes »?  Son coeur saute à la corde. Elle fait oui de la tête. Son grand rêve est en marche!



 


 


























17:48 Écrit par May | Lien permanent | Commentaires (25) |  Facebook |

19/04/2007

Une seconde chance

 

Voilà 17 ans que nous partageons le même enfant.

Vous, vous lui avez donné la vie . J' ai essayé de lui  donner  le reste.

Cet enfant, que vous n'aviez pas voulu, vous avez essayé de l'aimer. Mais derrière ce bébé joufflu, il y avait tant de souffrances, tant de haine, tant de choses que vous vouliez oublier !

Un jour, vous me l'avez amené : « J'ai fait des efforts, mais c'est impossible. Je ne veux pas lui faire de mal. Il sera mieux ici ».

L'assistante sociale qui vous accompagnait portait un sac avec quelques vêtements et vous êtes partie, sans un regard pour lui, en me disant « C'est pour son bien ». L'amour, ça ne se commande pas !

Et il s'est habitué . A nous, aux autres enfants. Il a appris à s'asseoir, à jouer ... Le plus difficile fut de lui apprendre la tendresse: il en avait tellement peur.

 

Régulièremment au début, occasionnellement par la suite, vous preniez de ses nouvelles. Votre vie changeait mais n'était pas plus facile.

Pendant vos périodes de silence, il arrivait à vous mettre en veilleuse. Il m'appelait maman. Il nous aimait. A sa façon. Parfois si difficile à comprendre.

La souffrance renaissait sur un coup de fil, une promesse mendiée, rarement accordée «  Tu viendras me dire bonjour? »

«  Peut-être, si j'ai le temps, si j'ai de l'argent. De toute façon, tu as tout ce qu'il te faut » C'est vrai, il avait ce qu'il lui fallait. Sauf votre amour. Moi, je ne savais lui donner que le mien. J'ai cru tout un temps qu'il acceptait . Il me disait  « C'est pour que je sois bien, c'est parce-qu'elle ne saurait pas s'occuper de moi ... » 

Les années passent vite !

Au hasard d'une rencontre, vous êtes rentrée dans sa vie. L'adolescence est un terrain de combat, et vous êtes devenue, sans le savoir, sans le vouloir, la référence de nos  batailles. Je ne savais pas comprendre son désir de liberté, d'argent... je ne savais parler que de contraintes...forcément... je n'étais pas sa mère.

J'ai pris contact avec vous . Vous ne l'avez jamais leurré; sa vie ne faisait pas partie de la vôtre.

 

Lundi, malgré votre refus, il est parti chez vous.

Il a jeté quelques vêtements dans un sac «  Je ne saurais dire au revoir à personne, j'ai de la peine pour vous » Il est sorti sans un regard pour moi.

 

Il vous donne une seconde chance.
























 




















13:50 Écrit par May | Lien permanent | Commentaires (20) |  Facebook |

lettre à la mère de mon enfant

 

Magali,


Voilà 17 ans que nous partageons le même enfant.

Vous, vous lui avez donné la vie . Moi, je lui ai donné une famille.

Cet enfant, que vous n'aviez pas voulu, vous avez essayé de

l'aimer. Mais derrière ce bébé joufflu, il y avait tant de souffrances, tant de haine, tant de choses que vous vouliez oublier !

Un jour, vous me l'avez amené : « J'ai fais des efforts, mais c'est impossible. Je ne veux pas lui faire de mal. Il sera mieux ici ».

L'assistante sociale qui vous accompagnait portait un sac avec quelques vêtements et vous êtes partie, sans un regard pour lui, en me disant « C'est pour son bien ». L'amour, ça ne se commande pas !

Et il s'est habitué . A nous, aux autres enfants. Il a appris à s'asseoir, à jouer ... Le plus difficile fut de lui apprendre la tendresse:

il en avait tellement peur.

Régulièremment au début, occasionnellement par la suite, vous

preniez de ses nouvelles. Votre vie changeait mais n'était pas plus

facile.

Pendant vos périodes de silence, il arrivait à vous mettre en veilleuse.

Il m'appelait maman .Il nous aimait. A sa façon . Parfois si difficile à comprendre.

La souffrance renaissait sur un coup de fil, une promesse mendiée, rarement accordée «  Tu viendras me dire bonjour? »




13:13 Écrit par May dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

à la mère de mon enfant...

 

Magali,


Voilà 17 ans que nous partageons le même enfant.

Vous, vous lui avez donné la vie . Moi, je lui ai donné une famille.

Cet enfant, que vous n'aviez pas voulu, vous avez essayé de

l'aimer. Mais derrière ce bébé joufflu, il y avait tant de souffrances, tant de haine, tant de choses que vous vouliez oublier !

Un jour, vous me l'avez amené : « J'ai fais des efforts, mais c'est impossible. Je ne veux pas lui faire de mal. Il sera mieux ici ».

L'assistante sociale qui vous accompagnait portait un sac avec quelques vêtements et vous êtes partie, sans un regard pour lui, en me disant « C'est pour son bien ». L'amour, ça ne se commande pas !

Et il s'est habitué . A nous, aux autres enfants. Il a appris à s'asseoir, à jouer ... Le plus difficile fut de lui apprendre la tendresse: il en avait tellement peur.

Régulièremment au début, occasionnellement par la suite, vous

preniez de ses nouvelles. Votre vie changeait mais n'était pas plus

facile.

Pendant vos périodes de silence, il arrivait à vous mettre en veilleuse. Il m'appelait maman .Il nous aimait. A sa façon . Parfois si difficile à comprendre.

La souffrance renaissait sur un coup de fil, une promesse mendiée, rarement accordée «  Tu viendras me dire bonjour? »

« Si j'ai le temps, si j'ai de l'argent...De toute façon, tu as ce qu'il te faut » C' est vrai, il avait ce qu'il lui fallait. Sauf votre amour. Moi, je ne pouvais lui donner que le mien.

J'ai cru tout un temps qu'il acceptait. Il disait «  Elle a voulu que je sois bien ».

Les années passent vite!

Le hasard d'une rencontre , il y a deux ans, vous a ramené dans sa vie. L'adolescence est terre de combat, sans le savoir, sans le vouloir, vous étiez la référence de ses reproches. Moi, je ne pouvais comprendre son désir de liberté, d'argent... moi, je ne parlais que de contraintes ... moi, je n'étais pas sa mère!

J'ai pris contact avec vous. Et vous avez essayé de lui faire comprendre que sa vie était ailleurs que dans la vôtre. Vous ne l'avez jamais leurré.

Lundi, il est parti chez vous. Malgré votre refus. Il vous a mis devant le fait accompli.

Il a jeté quelques vêtements dans un sac.

«  Je ne dis aurevoir à personne ; je suis trop triste pour vous . » Et il est sorti sans un regard.

Il vous donne une deuxième chance !



  

12:56 Écrit par May | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/04/2007

La belle époque ! ??

 

Rosa , une enfance ....
Avril 1898

Pour cette naissance là, Léontine n'a rien préparé. Deux fois déjà, elle a perdu l'enfant qui venait de naître ; le mauvais oeil sûrement !

Pour conjurer le sort, Joseph avait rassemblé berceau et vêtements et les avait porté chez la mère de Léontine. Et parce que deux précautions valent mieux qu'une, quelques mois plus tard, il avait cherché – et trouvé - un logement dans un autre village.

Quand Léontine s'est à nouveau sentie porteuse de vie, elle a tenu le secret le plus longtemps possible, et chaque semaine, elle a allumé un cierge à l'église.

Et un samedi soir, Rosa est arrivée !

Vigoureuse, elle a crié haut et fort son envie de vivre. Léontine et Joseph n'osaient pas trop y croire . Pour ne pas tenter le sort, ils ont décidé de n'aller chercher le nécessaire chez la mère de Léontine que le lundi matin, en allant déclarer l'enfant.

La sage-femme, qui en a vu d'autres,  a aménagé un lit de fortune dans le pétrin de la maison. Et comme la  petite s'endort paisiblement, elle dit en riant aux parents

«  Votre Rosa, elle sera bonne comme du pain blanc ! »


Les années passent. Plus de doute pour Léontine; Rosa a déjoué le mauvais sort.

Les enfants se suivent, tous en bonne santé. Joseph travaille à la mine : 7 km pour y arriver, 12 heures de travail, et le retour. À pied, bien entendu ! À la bonne saison, Léontine est journalière, à la ferme du château. Rosa s'occupe des petits... et attend l'hiver avec impatience . Le froid qui garde sa mère à la maison l'envoie, elle, à l'école. Déjà, elle sait lire et écrire.

Mars 1910.

Rosa va sur ses 12 ans. À la fin de cet hiver là, Joseph a été blessé; tout devient difficile à la maison. Le mois dernier, le loyer n'a pas été payé. Manger devient la seule préoccupation. Et un sixième enfant s'annonçe...

Un dimanche après-midi, la religieuse de l'école se présente à la maison. Elle est envoyée par Madame la Comtesse. Elle dépose sur la table un pain blanc et un pan de lard salé qui hypnotise Rosa : jamais elle n' a vu un si gros morceau !

En posant la main sur l 'épaule de Rosa, la religieuse sort un papier qu'elle remet à Joseph : la quittance du loyer .

La religieuse parle de la situation, de Rosa, du château... Joseph hoche la tête.

Sans trop comprendre, Rosa regarde sa mère pleurer en silence. Joseph la raisonne doucement « Allons, Léontine, c'est une chance pour elle et pour nous. Et puis, Maria à eu 8 ans, elle saura t'aider ».

Un long silence.

Enfin, la religieuse s'adresse à Rosa « Prend ton châle, Rosa . Je vais t'accompagner au château ». Léontine continue à pleure sans rien dire, Joseph dira seulement «  Va, Rosa » .

Tout le long du chemin, la religieuse explique : elle va vivre au château. Elle s'occupera de cette pauvre Melle Gisèle, qui a l'esprit d'un enfant de 4 ans. Rosa pourra suivre les leçons avec l'autre demoiselle. Madame la Comtesse paiera le loyer et chaque semaine, Léontine recevra un panier bien garni pour la famille... Joseph peut prendre le temps de guérir. Rosa ravale ses larmes.

Les mots se bousculent dans sa tête : c'est qu'on ne lui a jamais parlé si longtemps. Elle continue à marcher sans répondre, la peur lui ronge le ventre.

Déjà, elles sont dans l'allée. Madame et les deux demoiselles viennent à leur rencontre en souriant...

Rosa pense qu'elle aurait pu aller trier le charbon comme Louisette, elle pense au loyer payé, au panier garni qui arrivera chaque semaine  chez ses parents et elle sourit à son tour.

Rosa est bonne comme le pain blanc...



10:14 Écrit par May | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

02/04/2007

Un matin de Claire ....

 

La fenêtre entr'ouverte laisse entrer l'odeur de terre mouillée dans la chambre; elle se faufile entre les tentures qui ondulent doucement. Avant même d'ouvrir les yeux, Claire sut qu'il avait plu à la fin de la nuit. La-bas, tout au bout du village, au-delà des champs, la N4 ronronne de plaisir en emmenant les voitures vers les Ardennes pour le week-end ou quelques jours de vacances.

Claire, sous la couette, s'étire et déroule mentalement la journée. Le petit tour au jardin, les comptes du mois, le moment « café » qui amènera Sylvain ; après-midi, elle ira jusqu'au hameau de Maibelle pour aider Julie qui a tant de mal avec son néerlandais....

Sylvain ! Il était arrivé un matin par le jardin, attiré -avait-il dit en riant- par l'odeur du café. Et l'habitude s'était prise, de matin en matin.

Sylvain ! Elle l'appelait parfois « son guérisseur ». Dès son deuxième café, il lui avait fait une proposition «  Je fais des fromages avec le lait de mes brebis. J'ai besoin d'aide à certains moments. En échange, je vous aiderai pour votre potager ... » Claire sortait de sa chimio, elle se voyait comme une morte en sursis et cet ahuri lui proposait de se lancer dans les fromages et le potager ! Elle l'avait regardé droit dans les yeux, et lui avait répondu, d'un ton qu'elle pensait neutre « On vient de m'enlever un sein ». Pas même un blanc dans la conversation, juste le regard soutenu, et Sylvain avait enchaîné  « Pour les fromages, les mains, ça ira très bien » Et Claire avait ri. Ce jour-là, la maladie avait cédé la place à l'envie de guérir!  Et depuis, les légumes poussaient chaque été dans un coin du jardin.

Claire ouvre les yeux. Les vacances de Pâques commencent aujourd'hui; au bout du vieux chemin le château va s'animer. Toute la famille rentre au nid : des voitures vont passer, il faudra garder les poules dans l'enclos !

Claire se lève, tire les rideaux,s'attarde devant la fenêtre. Une légère brume adoucit les contours de la ferme du haut; au milieu de la pelouse, le magnolia prend des airs de gros bouquet.

D'un doigt léger, Claire touche la cicatrice qui lui tient lieu de sein gauche et pense, comme chaque matin « merci de m'avoir amené ici ». Une belle journée commence !



11:23 Écrit par May dans Amour | Lien permanent | Commentaires (29) |  Facebook |