01/07/2007

 Partir

 

Maryline ne sais pas depuis combien de temps elle frappe contre la porte qui sépare le débarras de la cuisine. Elle se laisse doucement glisser sur la manne de linge sale, ramène ses pieds glacés contre ses fesses maigres.Ses mains sont meurtries, De l'autre côté de la porte, la radio continue son programme de musique et de jeux. Machinalement, Maryline agrippe d' une main le bouton de la porte et tire un fois de plus. Et la porte s'ouvre...

Le verrou, sans doute mal tiré, a cédé aux coups répétés. Mais Maryline ne se pose pas de question. La porte  est ouverte, cela seul compte. Elle ne prend aucune décision consciente, elle obéit à son instinct de survie. Elle sait que tout est verrouillé. La maison est la dernière de la rue Belle Vue. Du jardin , elle peut rejoindre le petit bois du parcours santé, installé pour que les habitants de la cité profitent de l'espace vert. Elle y allait souvent avec le grand-père et les enfants, quand ils vivaient avec elle. Chantal a laissé sur le dossier d'une chaise le gilet avachi qui lui sert de peignoir. Elle l'enfile pour cacher sa nudité ; il lui tombe jusqu'au genou. Elle ramasse les grandes pantoufles de velours brun de Marc - des pantoufles d'hommes tranquille ! Reste à pousser une chaise contre la porte-fenêtre, arracher le carton qui remplace une demi vitre . Marylyne ne sent même pas qu'elle s'ouvre la cuisse en se laissant glisser à l'extérieur. Son cerveau fonctionne sur le mode automatique : partir, partir , partir .....

Il pleut des cordes, pas de risque de rencontrer quelqu'un au bois.

Le sentier est boueux,  les pantoufles trop grandes rendent chaque pas  difficile,elle glisse, se relève, continue, serre les bras sur le gilet trop large , elle doit comprimer sa poitrine que le manque de souffle rend douloureuse.

Maryline marche. Chaque pas l'éloigne de ses bourreaux. Fini de les servir et de manger les restes, par terre comme un chien, fini d'avaler de force cet alcool qui la transforme en esclave. Fini !Elle ne sent ni la pluie qui lui colle les cheveux au visage , ni le sang qui coule le long de sa jambe. A la sortie du bois, il restera cinq cents mètres à faire pour arriver à la maison où son dernier enfant est mis en attente d'acceuil. Elle doit arriver jusque là . Elle voit la maison ....

Elle sonne, la porte s'ouvre, Maryline est sauvée, elle peut s'écrouler.







































 

18:00 Écrit par May | Lien permanent | Commentaires (47) |  Facebook |